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En mer

vue des sanguinaires à Ajaccio depuis le pont du ferry

Le bateau pilote trace un sillage blanc.
Il a l’air minuscule à côté du mastodonte qui le suit. 

Lentement, le ferry quitte le port d’Ajaccio dans les rayons du soleil qui s’incline. Un oiseau marin remonte la lumière à contre-courant. 

Les ondes qui partent des côtés du bateau forment des lignes régulières sur la mer d’huile : on dirait les lignes d’un cahier, on a envie d’écrire sur l’eau. 

Le géant met un temps infini à glisser le long des côtes. Les Sanguinaires se dessinent de loin, puis se précisent : une, deux, trois îles se détachent sur l’horizon pastel. Elles se découpent parfaitement sur le ciel du soir, posées sur la mer comme des silhouettes en carton noir. 

C’est si beau, ces rochers noirs soulignés d’or que les larmes me viennent. Syndrome de Stendhal : mère Nature est la plus grande artiste qui soit. 

L’air du large commence à souffler sur le pont. Les gens enfilent une veste, mais ne décollent pas du bastingage. Frénésie de photos. Puis, petit à petit, rendus inutiles par la lenteur de notre progression, les téléphones regagnent les poches. 

Les regards se perdent, d’un côté dans le flot qui nous attend, de l’autre dans la terre qui s’éloigne. Contemplation. 

Rien de plus que le vent, les vagues qui se formes, légères, le ciel teinté de tendre, et la promesse du voyage. 

Nous sommes en mer.

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