Aller au contenu
Accueil » Articles » Ecrire, oui, mais par où commencer ?

Ecrire, oui, mais par où commencer ?

Écrire un roman : par où commencer ?
Il paraît que 24% des français rêvent d’écrire un roman mais que seulement 5% le font.
J’ai la joie de faire partie de ces 5% puisque j’ai publié plusieurs romans aux Presses de la Cité.
Mais souvent, on me dit : “moi j’ai bien une idée d’histoire, mais je ne sais pas par quelle bout la prendre pour écrire !”
Car oui, avant de se poser la question des personnages, de la construction de l’histoire, des ressorts romanesques, de comment mener un dialogue, il faut déjà… commencer ! Poser des mots, des phrases sur le papier blanc (ah ! la fameuse angoisse de la page blanche !) et se lancer !
Alors comment fait-on ?
Honnêtement, je n’ai pas la réponse… ou en tous cas, pas une réponse universelle. Ni de technique magique. Mais je peux au moins vous donner quelques pistes, à la lumière de ma modeste expérience… On y va ?

Pour se lancer dans l’écriture, il faut… écrire.

Oui, je sais. Bonjour le conseil bidon. Et pourtant !
Le truc, c’est de retirer du poids à cette action d’écrire. Si on se met face à sa feuille (ou face à son ordinateur, ou sa machine à écrire, chacun son truc, je ne juge pas) en se disant “allez, je me lance, il faut que j’écrive au moins 50 000 mots, et que le résultat soit digne d’un best-seller”, bonne chance pour ensuite ne pas être bloquée* par toute cette pression !

Donc première chose à faire : supprimer l’enjeu. Et revenir à l’essentiel : pourquoi écrire ?
Cela peut être pour plein de raisons, à vous de trouver la vôtre :

  • mettre des mots sur une émotion
  • transcrire une scène dont vous avez été témoin et qui vous a touchée, amusée, …
  • coucher vos pensées sur le papier pour y voir plus clair
  • raconter votre journée pour en garder trace
  • inventer une petite histoire, un poème, une jolie phrase parce que ça vous fait du bien

Personnellement, écrire est souvent pour moi un moyen de mettre des mots sur une sensation, une impression, de fixer grâce à l’écriture quelque chose de diffus, d’intangible. Une pensée fugace, la lumière de l’automne qui filtre à travers la vigne, l’air iodé de la mer qui m’aide à me ressourcer, la joie ressentie en observant dans le bus un enfant rire avec son papa, …
Des petites bribes, des miettes de quotidien. Comme on prendrait une photo, pour conserver un morceau éphémère de vie.

Commencer par ça est un bon moyen de rendre l’écriture légère et de la désacraliser. C’est pour cette raison que j’ai démarré mon blog : pour m’entraîner avec de petits textes sans prétention, donner à lire des instantanés. Vous pouvez bloguer, débuter un journal, tenir un carnet, avoir une application de prise de note sur votre téléphone… peu importe du moment que vous prenez l’habitude de faire passer les mots de votre tête au “papier”.

Discipline et régularité : les deux mamelles de l’écrivain ?

Sans discipline de fer, impossible d’écrire un roman

Mouaf. Excusez moi, je vais mourir de rire et je reviens.
Oui, c’est vrai : Stephen King s’astreint à ses 10 pages quotidiennes, Balzac écrivait 15 heures par jour, et Amélie Nothomb se lève chaque jour à 4h du matin pour écrire.
Et oui, c’est bien d’avoir quelques rites pour que le cerveau se mette en marche et se concentre facilement sur cette activité. Se préparer un café, s’installer dans un espace dédié à l’écriture, réserver un créneau horaire, allumer une bougie : toutes ces habitudes peuvent favoriser votre mise en route.

Mais vous pouvez aussi, comme moi, être absolument incapable de vous obliger à cette discipline quotidienne. J’écris parfois chaque jour, puis plus rien pendant des mois. Certains jours j’écris le matin, d’autres le soir. Mon premier roman, je l’ai écrit quasiment exclusivement la nuit, tard, quand mes enfants étaient couchés. Maintenant qu’ils sont grands, j’écris plus volontiers en journée. Mais rarement tous les jours, à la même heure, pendant une durée définie.

Faire comme le mouton, c’est l’assurance d’arriver au bout

Quand j’étais petite, j’allais en vacances dans une ferme où les propriétaires élevaient des moutons et des chèvres. J’aimais particulièrement accompagner la bergère et gambader à côté du troupeau. J’en ai tiré une leçon qui se confirme chaque jour quand j’observe mes compatriotes humains : certains sont “moutons”, d’autres “chèvres”.
Les moutons ont le pas régulier, s’écartent peu du chemin où s’ils le font, jamais longtemps. Ils respectent les règles : l’appel de la bergère, l’aboiement du chien qui les fait se ranger. Installés dans un champ, ils grignotent consciencieusement l’herbe devant eux et avancent, inexorablement, vers le bout du pré sans laisser un brin échapper à leurs mâchoires efficaces. Ténacité, concentration sur leur objectif : ils vont au but sans se laisser distraire.
À ceux qui se reconnaissent dans cette description, je dis : oui, cherchez les habitudes qui vous feront écrire chaque jour un peu, placez dans votre journée ce but à une heure fixe, faites-en votre pré à tondre, méthodiquement. C’est ce qu’il vous faudra pour écrire jusqu’au bout.

Oui, mais pour les chèvres ?

Pour les autres, les chèvres comme moi, celles qui grimpent systématiquement sur le muret en se compliquant la tâche, pour aller attraper une feuille d’arbre en négligeant l’herbe à disposition, celles qui font vingt fois plus de chemin parce qu’elles montent, descendent, repartent, reviennent, celles qui n’écoutent rien et qu’on doit rappeler vingt fois pour qu’elles se remettent à suivre le mouvement, celles qui donnent l’impression d’être incapable de respecter la moindre habitude si ce n’est celle de suivre leur envie du moment… la seule méthode qui fonctionnera sera celle que vous aurez trouvée. La singulière qui s’adaptera à l’humeur de la journée, la pulsion de l’instant, la motivation passagère que vous attraperez au vol.
Malédiction ou chance, je ne sais pas. Je sais juste que j’ai souvent besoin de procrastiner pendant quatre jours pour enfin, le cinquième, poussée par le vent, un horoscope favorable et trois tasses de café serré, écrire d’une traite pendant 6 heures toutes les lignes qui étaient jusque là restées bloquées dans ma tête. Il suffit de le savoir, et de s’adapter, sans lutter…

Et vous, alors, chèvre ou mouton ?

L’acte d’écrire un roman = l’art d’enchaîner des phrases, des paragraphes, des chapitres ?

J’ai un ami aquarelliste. (oui, ça a l’air de n’avoir aucun rapport avec la choucroute, mais si si, vous allez voir, ça répond bien à la question !)
Quand il peint, il commence par aller se promener deux heures dans la nature. Il regarde, il note la lumière, les couleurs, tout ce qui peut nourrir son inspiration. Il pense à son tableau, visualise les éléments dans sa tête.
Puis, quand il rentre, il prend ses pinceaux et une heure plus tard, le tableau est fait.
Les deux heures de promenade font partie du processus.

Idem avec l’écriture.
On raconte que Simenon, l’auteur des “Maigret”, avait toujours une enveloppe jaune dans sa poche. Pendant des semaines, il vivait tranquillement, sortait de temps en temps son enveloppe, notait quelques mots, la rangeait. Et ainsi de suite. Puis, un jour, il s’enfermait dans son bureau et en une semaine, avait écrit une nouvelle aventure du célèbre commissaire.

Je ne sais pas comment font d’autres auteurs. Chez moi, comme chez Simenon ou chez mon ami aux pinceaux agiles, la maturation des idées prend du temps. Un jour, un personnage apparaît. Il peut venir d’une silhouette croisée dans la rue, d’un homme assis sur un banc en face de moi à l’arrêt de bus, d’un fait divers lu dans la presse. Petit à petit, comme en tâche de fond, il s’étoffe. Un deuxième le rejoint, un troisième : mes protagonistes principaux sont nés.

Je traverse un village pendant mes vacances, les notes mentales s’accumulent : cette fenêtre, là, elle pourrait être celle à travers laquelle mon héroïne regarde… ce muret ci, cette église, ce chemin, j’en retiens les contours, la manière dont la lumière les caresse… cette ambiance de pluie qui creuse de petits ronds sur le loch, pendant mes vacances en Ecosse, je la stocke dans ma mémoire, avec la sensation sur ma peau, les odeurs, les irisations de l’eau : c’est une future scène qui se dessine.
Les personnages “poussent” comme je dis, prennent de l’épaisseur. Je vais faire des séances de kiné et, à la troisième, une évidence : un de mes personnages sera kiné.

Je commence à me renseigner, accumuler de la matière. Noter des informations, vérifier des données.
Un jour, ça y est, un scénario se dessine : je le note, le transforme, l’ajuste, l’étoffe.
Parfois je commence la rédaction sans savoir la fin de mon histoire. Parfois, je sais la fin mais pas comment y arriver. Parfois, j’ai déjà tout. Mais tout aura changé d’ici au point final, au fil des jours et des métamorphoses de l’intrigue.

Et un jour, il faut rédiger. Je le sens, c’est là, c’est le moment.
Pour ne pas être écrasée par l’ampleur de la tâche, j’applique la technique du petit pas : j’écris une scène, puis une deuxième le lendemain. Trois jours plus tard, une autre. Au bout d’une dizaine, ça forme un chapitre. Au bout de 20 chapitres, ça forme un roman.
Morceler la montagne en tout petits cailloux au lieu de vouloir la gravir d’un seul coup.

Pour conclure, écrire un roman n’a rien d’une formule mathématique : il n’y a ni recette miracle, ni mode d’emploi universel. Ce qui compte, c’est de trouver votre propre manière d’entrer en écriture, qu’elle soit méthodique, instinctive… ou un mélange des deux !
L’important, c’est de se lancer, de poser des mots, même maladroits, et de laisser venir les personnages, les images, les scènes. Car au fond, un roman naît toujours ainsi : d’un premier mot, suivi d’un autre, puis d’un autre… jusqu’à ce qu’une histoire prenne vie.

PS : J’ai décidé de mettre tout au féminin parce que, d’abord, c’est mon genre, et ensuite parce que je ne suis pas fan du point médian – pratique mais pas franchement littéraire. Mais sentez-vous inclus qui que vous soyez !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *