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Des trous dans la ceinture

C’est l’été. On sort les shorts et les débardeurs, on se trouve blanc dans le miroir, on espère gagner vite ce teint hâlé qui sublime les jambes, donne bonne mine et nous fait sentir vraiment en vacances.

On range aussi les affaires d’hiver.
Me voilà donc en train de retirer la ceinture des passants d’un jean. Et, en la déposant sur le lit, de me rendre compte que j’y avais fait, il y a quelques années, des trous supplémentaires.

Vestiges d’un temps où j’avais beaucoup minci. Sport intensif, alimentation contrôlée. Discipline de fer. Contraintes, exigence, jusqu’à la douleur, jusqu’à la blessure. Mais les résultats recherchés étaient là. Au point de devoir resserrer d’un cran, puis d’un autre, cette ceinture, pour qu’elle encercle ce corps que je contraignais à ressembler à ce qu’il ne voulait pas être.

Depuis, tant de choses se sont passées. Une dépression : la nourriture pour me protéger de l’ennemi intérieur, des pensées noires assiégeant mon envie de vivre. L’âge : 47 ans, le métabolisme n’est plus le même. Mais surtout : l’amour. L’amour de soi, de mon corps, comme il est, avec ses imperfections, ses formes non standardisées, ses petits bouts moelleux.

Il a fallu presque 20 ans pour me débarrasser des compulsions alimentaires.
Et presque 10 ans de plus pour vraiment regarder ce corps avec bienveillance, avoir envie d’en prendre soin, le voir pour ce qu’il est : un véhicule, un réceptacle, une machine incroyable qui fonctionne malgré tout ce que je lui ai fait subir. Un serviteur fidèle, un gardien farouche – sans lui, peut-être serais-je encore piégée dans un métier qui me détruisait. Il a fallu qu’il crie pour que je l’entende. Mais ça y, enfin, nous sommes entrés en contact. Je coopère avec lui au lieu de vouloir le plier à ma volonté.

Ces trous dans la ceinture, ce n’est pas le regret d’une époque où je me pensais plus proche d’un idéal féminin de minceur et de beauté. Ces trous dans la ceinture, ce sont les traces de mon chemin, les pas qui m’ont menée là, pour me rappeler que l’acceptation de soi est une étape essentielle vers la sérénité de l’âme.

Desserrer la ceinture.
Emplir ses poumons et son ventre du souffle de la vie.
Se libérer.
Et, enfin, s’aimer.

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