Quand le monde tremble, je ne sais jamais quoi dire. Mais cette fois, j’aurais du mal à me taire.
Il me semble un peu ridicule de continuer mon bout de chemin, à tracer des lignes sur une feuille blanche, aligner les mots d’un nouveau roman sur un clavier… quand mon fil d’actualité déborde de cris.
Surtout que ces cris, ils me touchent. Maman d’un lycéen et d’un étudiant, ex prof : comment ne pas me sentir concernée par cette jeunesse qui envahit les rues pour se faire entendre ?
Alors évidemment que je les comprends les mômes.
Évidemment que je m’interroge sur la manière dont on répond à leurs cris de colère et de frustration. Que toute forme de violence m’indigne.
Mais la violence, je sais qu’elle couve dans les établissements scolaires depuis des années.
Elle se niche dans les réformes hors-sol, passées en force.
Elle se faufile insidieusement à coup d’heures enlevées, de profs non remplacés, de classes surchargées.
Elle s’étale dans les programmes et dans les système d’orientation qui créent de la pression au lieu d’ouvrir des avenirs.
Elle s’insinue dans la demande constante de toujours faire plus avec moins.
Elle s’introduit via les fenêtres qui ferment mal, les plafonds qui s’effondrent, les toilettes sans PQ, les couloirs trop étroits, les ascenseurs toujours en panne.
Elle déferle dans le prof bashing des réseaux sociaux, dans les payes minables accordées aux AESH, dans le mépris des jeunes que l’école est censée transformer en citoyens responsables.
Alors je suis partagée.
Je me suis épuisée en combats qui n’ont abouti à rien.
Je suis triste de constater que la jeunesse et son éducation ne sont pas la priorité, alors qu’elles sont le socle d’une société.
Désillusionnée, je doute que les révoltes lycéennes aboutissent à quelque chose.
Et pourtant, j’espère.
J’espère que ça réveillera les consciences, qu’on comprendra qu’une jeunesse qui va mal, c’est un symptôme grave… mais qu’on peut peut-être encore sauver le corps malade.
